Text écrit par Okakura Kazuho en anglais au début du XXème sciècle.
"Sa grande force (tcha-no-you) réside dans le caractère concret de ses forces, en ce qu'il s'enracine dans la plus essentielle des activités humaines : s'asseoir ensemble pour partager un repas et boire le thé. Sen Rikyû (1522-1591), qui a établi les fondements de la voie du thé telle que nous la connaissons aujourd'hui, disait : "Le tcha-no-you" consiste simplement à ramasser du bois, à faire bouillir de l'eau et à boire du thé - rien de plus"."
"Fondé sur l'idée que nous ne saurions atteindre la paix intéreure sans un effort délivéré visant à nous affranchir des préoccupations et des désirs de ce monde, le cha-no-yu nous offrait un moyen de transcender les attachements du quotidien et de creuser jusqu'aux racines de notre être. Par la même, il débouchait directement sur l'universel." [1]
"Pour représenter les principes sous-jacents à la voie du thé, Rikyû utilisait l'expression : "harmonie, respect, pureté, sérénité" (wa-kei-sei-jaku) [...] Harmonie et respect suggèrent des vertus d'intéraction sociale, tandis que pureté et sérénités résonnent d'une nuance personnelle plus aiguë." [2]
"En vérité, les règles de la vie sociale ont été instituées afin den nous affranchir des égarements dus à l'égoïsme et à la colère, et de communiqer avec autrui sur le plan qui transcende l'immédiateté dévolue aux conditions, aux pensées ou aux sentiments."
"... les rituels [...] dans le cha-no-yu ils nous permettent de créer en et pour nous-mêmes des havres de solennité et de solitude - ils déterminent un cadre et un espace de temps permettant de rendre hommage à ce que nous savons être l'essentiel de la vie."
"... l'égalité sociale au sein de la chambre de thé [...] ne signifie pas [...] que toutes les distinctions sociales soient purement et simplement abolies, ni que l'ordre de préséance soit laissé au hasard. Au contraire, [...] adhérer à de telles règles nous offre une authentique liberté - celle de nous retrouver sur un plan pleinement humain, laissant loin derrière nous les embarras du monde." [3]
"[...] libre de tout souci (buji kore kinin)"
"[...] l'harmonie implique un puissant esprit démocratique." [4]
"En réalité, la pratique du tcha-no-you se fonde sur le refus délibéré de remettre à plus tard l'accomplissement de notre essence d'être humain au coeur de la vie, et ce dans la parfaite conscience de l'exigence propre à cette tâche essentielle. En d'autres termes, il convient de vivre en aiguisant son attention au moindre détail - les fleurs caractéristiques de la saison, le son de l'eau versée sur la pierre, l'instant où le soir se métamorphose en crépuscule. Non parce que ces choses alimenteraient notre ego, mais parce qu'elles mettent nos vies en harmonie avec ce qui transcende l'ego."
[1] Il y aurait donc un part d'universalité dans la pratique du thé, c'est en cela qu'elle est belle et qu'elle mérite d'être pratiquée, même si d'autre activité peuvent tout aussi bien mener à une autre part d'individualité. Toutes les parts rassemblés forment-elles un tout, ou sont-elles toutes identiques? (11/5/2026)
[2] Principes qui semblent très proches des enseignements venus de Chine que sont le boudhisme, le confucianisme et le taoïsme qui se sont enracinés au Japon à l'époque Heian (de 794 à 1185).
[3] Passage qui me que je n'arrivais pas à comprendre en 2019 et que je peine toujours à expliquer en 2026, mais qui touche à la notion "d'égalité sociale" qui semble assez différente de celle comprise et définie en France par exemple. La différence à propos de la notion d'égalité sociale est intéressante à noter ici.
[4] Il y a là aussi une différence à intéressante à noter et à comprendre. Qu'est-ce que l'esprit démocratique ? (11/05/2026)